Dans les turbulences de Be’acras – Épisode 4 : Rendez-vous avec le réel

episode 1

Il y a des épisodes dans une aventure entrepreneuriale qu’on ne rêve pas d’écrire. Et pourtant, ils sont là. Ils s’imposent. Comme des virages serrés qu’il faut négocier, même à bout de souffle.

Tout a commencé par une simple démarche administrative. Du moins, c’est ce que je croyais.
Je m’étais rendue au tribunal de commerce dans l’idée de régulariser une situation : modifier le statut de mon entreprise qui était passée en “radiée”.

Pourquoi ? Parce que, par manque de moyens, je n’ai pas pu maintenir ma collaboration avec mon comptable. Et cette rupture a tout fait basculer.

Ce dernier a tout simplement refusé de me transmettre certains documents essentiels, comme ce fameux formulaire de bénéficiaire effectif. J’ai relancé. Plusieurs fois. En vain. Silence radio. Le grand muet. Plus de réponse, plus rien. Et pendant ce temps, le greffe, lui, continuait de me relancer. Encore et encore.

Le jour où j’ai parlé à un juge

Alors j’ai pris mon courage à deux mains, comme souvent, et j’ai cherché par moi-même comment remplir et fournir ce document. Grâce à l’accueil du service du greffe, j’ai pu avancer sur cette partie.
Mais ce jour-là, une autre impulsion m’a traversée. Un mélange d’épuisement, de lucidité et de désespoir discret.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai demandé à prendre rendez-vous avec un juge du greffe. Peut-être pour poser des mots sur ce chaos. Peut-être pour chercher une lueur dans l’épaisseur du brouillard.
Et j’ai été entendue.

Le juge m’a reçue. Un homme humain. Oui, humain, dans tout ce que ce mot a de plus noble. Normalement, ces entretiens-là, ça dure vingt minutes. Moi, j’y suis restée plus d’une heure.

Parce qu’il a pris le temps, parce qu’il a voulu comprendre, pas juste entendre. Il ne m’a pas regardée comme un dossier, mais comme une personne.

Mon sac, mon entreprise

Et pourtant, j’étais arrivée dans un état de stress tel que je m’étais assise en bout de chaise, sac sur les genoux, manteau toujours sur le dos, prête à bondir comme si j’étais dans un couloir de 100 mètres.

Mon sac débordait de documents, de justificatifs — presque l’équivalent d’une valise cabine version Be’acras Airlines. C’était devenu une extension de moi-même. Je me baladais avec toute l’archive vivante de mon entreprise.
Parce qu’il suffisait d’un coup de fil d’un organisme, d’un créancier ou d’un courrier administratif pour qu’on me demande une preuve.

Et dans ce cas-là, que je sois dans un parking, dans ma voiture ou en pleine livraison, je pouvais répondre. Parce que c’est mon mode de survie, en flux tendu.

Ce juge, lui, m’a dit : « Posez votre sac. Décompressez. Prenez votre temps. »
Et dans ces petits gestes, j’ai compris qu’il voyait bien plus qu’un numéro de SIRET. Il voyait une femme en train de s’effondrer debout.

Les sourires qui font tout

Ce n’est pas tout. J’ai aussi eu la chance ce jour-là de croiser une autre belle âme : une jeune femme au bureau des enregistrements.
Une femme avec un sourire greffé au visage, oui, greffé, comme si elle était née avec.

Elle m’a accueillie avec douceur et patience. Elle a senti mon stress, pris le temps de m’écouter, de m’expliquer la procédure. Grâce à elle, ma décision s’est clarifiée.

Mais le dossier de redressement judiciaire, lui, n’attendait pas. On m’avait donné une date de dépôt… que j’ai dû repousser. Car oui, je devais tout faire seule, de A à Z. Et franchement, on aurait dit une thèse de doctorat version cauchemar.

Le dépôt, entre soulagement et fierté

Finalement, je suis retournée au tribunal, et j’ai déposé mon dossier. Et là, j’ai senti comme une boule me quitter l’estomac. Une libération douce, discrète, mais bien réelle.

Mon téléphone s’est calmé. J’avais envoyé sept courriers à mes créanciers.
On m’avait expliqué qu’à partir du dépôt, les créanciers devaient être informés et cesser les relances.

La jeune femme au sourire greffé était là, encore. Elle m’a dit : « Ça va vous faire un petit soulagement. » Et elle avait raison.

Gérer l’enfer… en souriant

Et pendant tout ce processus, je faisais tout, seule.

Le matin, démarches. L’après-midi, vente à Orly. Le soir, paperasse. Et des questions en boucle :
“Et si… c’était la liquidation directe ?”
“Et si… mon dossier était incomplet ?”

Mais malgré tout ça, il y avait cette étincelle d’espoir. Ce simple fait d’avoir transmis mon dossier me donnait l’impression de pouvoir respirer un peu.

Une vie à mille rôles

Et pendant tout ce temps-là, les coulisses de mon quotidien ressemblaient à une pièce de théâtre.
Je devais tout jouer : entrepreneure, cuisinière, serveuse, comptable, bricoleuse
Et surtout, la femme souriante qui accueille les clients comme si tout allait bien.

Parce que la force de mon business, ce n’est pas que mes plats.
C’est aussi l’accueil, le lien humain, les rires échangés. Alors, je tenais bon. En façade.

Survie en mode “jour le jour”

Mais en coulisse, je faisais mes courses au jour le jour, entre deux sanglots.
Deux jours d’estomac noué, un jour nourri. Puis deux jours noués, encore.
Pas de stock, tout en flux tendu. Et pourtant, il fallait maintenir les normes d’hygiène. Seule.

Une terrasse, un potager, une communauté

S’ajoutait un défi de saison : remettre la terrasse en état.
Avec les beaux jours, les clients revenaient. Mais la terrasse, elle, avait souffert.
J’ai fait appel à mes clients fidèles, ceux des chantiers alentour. Je leur ai demandé des palettes, du bois, des matériaux pour les bacs, la terrasse, le potager.

Car oui, chaque printemps, je relance ce coin de verdure.
Les clients cueillent eux-mêmes les fraises, les tomates. Certains plantent même un semis à leur nom.
C’est un lieu de vie, pas juste un commerce.

Quand l’humain répond présent

Comme je ne pouvais pas tout faire seule, j’ai lancé un appel sur Nextdoor.
Je ne demandais pas d’argent. Je proposais un repas maison en échange d’un peu d’aide.

❤️ Sept personnes ont répondu. Quatre sont venues. Et là encore, l’humain a brillé.
Des gens prêts à aider sans rien attendre, juste pour soutenir, partager, faire partie de quelque chose.

Et ça… ça m’a réchauffé le cœur.

L’épisode mijote

Le dossier est au four. La patience mijote. L’espoir gratine.

Et moi, je reste au fourneau. Le cœur accroché. Les factures hurlent. Mais le sourire tient bon.
Je continue de nourrir le monde, un plat, un regard, un éclat de rire.

Prête à servir, chaud, l’épisode 5.
Avec ou sans verdict croustillant.

Partagez cette publication :
Image de Publié par : Béatrice

Publié par : Béatrice

Je suis Béatrice Guiteaud, passionnée de cuisine et entrepreneure. À travers ce blog, je partage mes recettes, mes pensées et mon parcours inspirant, mêlant défis personnels et professionnels. Bienvenue dans mon univers où chaque plat raconte une histoire, la mienne.