Chers clients, chers gourmands fidèles,
Aujourd’hui, j’ai une grande casserole d’émotions à vous servir. Et je ne vais pas tourner autour du pot (ni du faitout) : après dix années à mijoter de bons petits plats dans les chalets d’Orly, je dois raccrocher le tablier… pour le moment.
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Il y a quelques semaines, je soufflais les 10 bougies des chalets – un beau gâteau d’anniversaire, bien mérité. Je commençais même à envisager une grande fête en juin, un événement gourmand pour célébrer cette belle décennie passée à vos côtés.
Mais à peine le temps d’allumer les bougies, que le gâteau s’est écroulé : redressement judiciaire. Et là… la recette de ma vie d’entrepreneure s’est transformée en gratin cramé, que je pensais en train de dorer doucement au fond du four.
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Depuis 2021, je cuisine à feu vif.
Be’Acras et Chalê Sido, c’était une seule et même société, avec deux enseignes. Ce n’était pas une aventure séparée, mais un projet de développement naturel de Chalê Sido, né de la demande croissante et de ma volonté d’agrandir l’offre.
Pour des raisons pratiques et économiques, j’ai tenu à fonctionner ainsi : une société unique, deux enseignes complémentaires. J’aurais pu monter deux entreprises distinctes, avec l’une sous-traitant l’autre, mais j’ai préféré centraliser, pour mieux structurer et faire avancer l’ensemble.
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Et puis… tout a basculé.
Le restaurant Be’Acras, qui devait être un tremplin, s’est révélé être un piège. Le sinistre lié à l’effondrement d’une partie du plafond du local n’était pas un simple dégât des eaux : les malfaçons étaient profondes, dissimulées, et structurelles.
Des infiltrations partout, des lézardes dans les murs, un plafond qui menace, un sol qui se soulève… Même la mairie s’en est mêlée, et son rapport a frôlé le classement du lieu comme insalubre, déconseillant l’ouverture.
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Et pourtant, j’avais coché toutes les cases.
Le bâtiment faisait 250 m², et je voulais être bien protégée en cas de problème, quel qu’il soit.
J’avais pris toutes les assurances nécessaires, étudié les contrats, anticipé les risques.
J’avais tiré les leçons d’une précédente expérience, quelques années plus tôt, au chalet d’Orly, lors d’une intrusion de GDV. À l’époque, les assurances ne m’avaient indemnisée que partiellement, car je n’étais pas suffisamment bien protégée. En souvenir de cette épreuve, j’avais fait le choix d’assurer ce nouveau projet au maximum, quoi qu’il en coûte.
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Mais malgré tout cela, les assurances se sont renvoyé la balle, entre la mienne et celle du bailleur. Chacune rejetant la responsabilité.
Et pendant ce temps, l’état du local se dégradait de jour en jour… Et l’état de mon propre bien-être aussi : physiquement, moralement.
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Pendant que je tenais bon, à la force du poignet, dans mes chalets. Mais tout cela ne s’est pas réglé en un jour.
Pendant que je continuais, chaque matin, à ouvrir le chalet, à nourrir mes clients, à faire comme si tout allait bien… je menais une autre bataille, plus discrète, plus harassante : la bataille administrative.
Entre passages d’experts d’assurance, de commissaires, d’huissiers, d’échanges de mails sans fin, de documents à fournir, d’appels à gérer, d’allers-retours avec mes conseils juridiques, le dossier a pris des mois à prendre forme.
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On a tenté les négociations.
Puis il a fallu assigner en justice. Référé. Désignation d’un expert judiciaire. Contre-visites. Nouvelles expertises. Rien ne s’est fait simplement.
Et tout ce temps-là, je “jonglais” avec tout :
la gestion du quotidien, le local en souffrance, les démarches juridiques, ma propre fatigue, mes nuits blanches, mes déceptions à chaque rapport ou décision reportée…
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Pendant que le bâtiment s’effondrait peu à peu, c’est toute ma structure, mon entreprise… et une part de moi-même, qui s’effritait aussi. J’ai tout donné.
Dans l’ombre, à la louche, en silence.
J’ai remué ciel et terre, plié des montagnes de paperasse, relevé tous les défis à la spatule et à la sueur de mon front.
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Et d’ici quelques semaines, l’administrateur judiciaire a jugé bon de couper le gaz, en vue de la situation générale. Il a décidé de transformer le redressement en liquidation de l’entreprise, comme on vide les fonds de casserole.
Toute l’existence des chalets, tout ce qu’ils représentaient, tout ce que j’y ai construit, nourri, partagé… ne sera plus entre mes mains. Je ne pourrai plus y cuisiner, y créer, ni y accueillir. Tout passera entre les mains du mandataire liquidateur. Matériel, souvenirs, âme incluse…
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Sauf moi !
Malgré tout… je reste debout.
Je continue à chercher une recette de secours, un nouveau plat du jour, une idée farfelue ou savoureuse, pour un jour que j’espère proche, retrouver mes fidèles gourmands, pour régaler, pour surprendre encore.
Je mijote des projets grâce à ma fille – tombée dans la marmite elle aussi – et qui est aujourd’hui l’une de mes solides béquilles dans toutes mes aventures du goût et des saveurs. Je mijote aussi des prestations traiteur. Je mijote même des idées un peu folles.
Je ne sais pas encore comment je vais faire – je n’aurai plus de matériel, plus d’endroit où produire, stocker, et encore moins les moyens économiques –
mais j’ai ma volonté, mes rêves, mon savoir-faire et ma rage de vaincre.
Et si vous avez des idées, même des restes d’idées tout au fond d’un frigo, je prends ! Un local vide ? Un projet à relancer ? Une casserole abandonnée à réchauffer ? Je suis là, prête à touiller.
Parce que même si le système, la conjoncture, les circonstances ou les malfaçons… peu importe leur nom, m’ont un peu salée, je reste sucrée.
Parce que même si le plat principal a été gâché, il me reste tout un buffet à inventer. Et surtout parce que la cuisine, c’est ma façon d’aimer.
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Merci d’avoir été là toutes ces années, merci d’avoir goûté, merci d’avoir aimé, d’avoir partagé. Restez branchés à La Cuisine Résiliente, qui ne rend jamais son tablier pour de bon.
À bientôt quelque part, pour une nouvelle dégustation de vie. Avec amour, humour et une pincée d’espoir.
Des plats simples, sains et durables pour nourrir le corps et l’esprit chaque jour.
Des histoires vraies de transformation et de résilience à travers la cuisine et la vie.
Cuisine solidaire, ateliers gourmands, entraide sensible : le Frigo Émotionnel nourrit corps, cœur et lien social.